Papa comment on fait les bébés ? Petit guide de survie dans le monde hostile de la fécondation in vitro à l’usage des papas du futur.

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Je suis aujourd’hui un heureux et presque encore jeune papa de 3 magnifiques enfants issus de 2 portées.

1 aînée de 3 ans que je considère comme ma camarade de jeu et un petit couple de jumeaux, 1 garçon et 1 fille (si tu dis que ce sont des faux jumeaux je te baffe).

Aujourd’hui la vie est densément joyeuse mais il s’en est fallu de peu.

Lorsque ma jolie femme et moi-même nous sommes enfin décidés à remplir notre devoir de grandes personnes et de nous reproduire « comme il se doit », nous sommes tombés sur une boulette.

Cette boulette fait qu’aujourd’hui j’ai hâte que mes enfants me posent un jour la question suivante (car la réponse va être du leaule en barre) :

Papa, comment on fait les bébés ?

Comme de plus en plus d’aspirants papa, il s’avère que je sui incapable de me reproduire. Même pas la peine d’y penser de façon naturelle, au-delà de ne pas être des rapides, mes mini-moi ne sortent même pas. Mon sperme est donc totalement décoratif.

Seul bon point, ils ne sortent pas certes mais ça ne les empêchent pas d’exister. Ils veulent juste rester faire la teuf entre eux dans le carré VIP.

Bref, le résultat est là, je suis infertile.

Me reproduire implique donc un certain processus consistant à :

  1. m’ouvrir en 2 pour aller chercher les planqués
  2. les mettre au freezer pour plus tard
  3. chopper ma femme et la dopper aux hormones
  4. lui ponctionner de beaux ovocytes bien balèzes
  5. décongeler quelques flemmards
  6. organiser une soirée privée pour que les têtards brisent la glace avec les ovocytes
  7. et là, bim, on peut faire un enfant à l’hopital. Avec un docteur, un labo, plusieurs infirmières, une vessie fémimine pleine et un dégaine toute pourrie (charlotte sur la tête et sur-chaussettes en plastique qui te font transpirer à la place de tes Nikes)

A la suite de ça il ne reste plus qu’à espérer de ne pas avoir à recommencer.

Mais avant tout ça mon petit cerveau est passé par toutes sortes de phases, de doutes et de galères. J’ai eu la chance de finir par avoir ce que je souhaitais, 3 beaux enfants. Il est donc bien entendu facile pour moi de tirer le positif de la situation.

J’ai bien conscience que tout le monde n’a pas eu cette chance. Si c’est ton cas gentil internaute je t’envoie plein de bisous numériques. J’ose imaginer à quel point ce doit être dur et frustrant pour toi.

En gardant ce dernier point en tête je te laisse découvrir le :

Petit guide de survie dans le monde hostile de la fécondation in vitro à l’usage des papas du futur.

Nous réagissons tous à notre manière en cas de galère, mais voici quelques lignes directrices que j’ai suivies pour mon ainée et perdues pour les jumeaux.

La seconde série de FIV a été bien plus dure. La première ayant marché du premier coup je m’étais mis en tête que pour avoir un enfant le tout se résumait à prendre des RV avec les docs et le tour était joué.

Quand nous avons eu des difficultés j’ai totalement perdu pied et cette seconde expérience fut une grosse galère et m’a fait réaliser à quel point je m’étais bien préparé pour la première (oulà, tu me suis toujours là ?).

Voici donc les points qui m’ont sauvé la mise pour cette première FIV :

1. Tes sentiments tu ne refouleras pas et la honte tu banniras

Nous les mecs nous avons tendance à nous fermer comme des huitres . Oui, je sais, les hommes ne sont pas tous les mêmes. Ok mais bon, sur ce point il faut avouer que nous sommes nombreux.

Et là c’est du lourd.

On se prend sur le coin de la tête que nous ne sommes pas capable de perpétuer l’espèce. On se sent inutile et emasculé.

Tout ça peu de temps après avoir vécu ce vieux moment de solitude qui consiste à offrir un petit pot de notre semence à une infirmière qui sait très bien ce que l’on vient de faire avec nos petits doigts dans une cabine remplie de revues étranges.

Aucun homme n’est préparé à ça.

Il est donc tout à fait normal d’avoir la loose, de ressentir des trucs cheulous comme de la peine, de la honte et de la colère.

Merde, nous ne sommes pas des robots et ce qui nous arrive est totalement injuste.

Donc il est vital d’en parler, ne pas faire le grand seigneur en haut de sa montagne de virilité. De toute façon quittes à être infertile autant faire preuve de sensibilité ! (Oui, j’ai le droit d’en rire…).

Je parle en connaissance de cause, le fait d’en parler ouvertement m’a permis de dédramatiser, de relativiser et de ne pas me focaliser dessus. Passé la période d’apitoiement je n’ai plus jamais ressenti de honte à ce sujet.

2. Ta partenaire tu chouchouteras

Avec ça j’ai déconné. Peu importe si l’homme, la femme ou les deux sont infertile, au final celle qui se paie les piqûre d’hormones et qui a toute la pression sur ses ovaires c’est la blonde. Leur job est d’être au top de leur forme pour que tout se passe pour le mieux. Même si nous avons aussi besoin de réconfort, notre job à nous est de les soutenir au max et de les faire penser à autre chose.

Alors pas question de s’apitoyer sur soi, on a le droit d’avoir des coups de blues mais on ne fait pas payer l’autre, c’est impératif.

Sur notre seconde session de FIV je me suis fermé comme un huître, je ne supportais plus d’en entendre parler. Le sentiment de mettre encore une fois ma vie en pause et de ne penser qu’à ça était au-dessus de mes forces. J’ai donc inutilement fait souffrir ma femme alors qu’elle était au plus bas.

Avec le recul, je suis persuadé qu’une partie des échecs vécus à cette période sont liés à mon manque d’écoute. Je volerais bien une Delorean pour remonter dans le temps et me mettre des baffes dans la tronche.

3. Ta famille tu n’écouteras pas

Dans la série des gens maladroits les membre de ma famille sont rois.

Il y aura toujours autours de ce genre de situations des tas de personnes qui ne sauront pas quoi dire. Au lieu de demander simplement comment ça va ils tentent de briser la gène à base de phrases maladroites et toutes faites.

Dans ce cas là on se sent bien seul et incompris, voici un petit best-of de ce qui m’a hérissé le poil et pourquoi :

  • « Allez, vous finirez bien par y arriver ! » < Oui, bien sûr. Et Elvis vit en coloc avec Marilyn et Kurt Cobain dans une base de la CIA
  • « Mais vous êtes sûrs ? Vous avez demandé un second avis ? » < Oh bah tiens, si on allait consulter tous les docs dispos, juste histoire d’en trouver un qui nous dise qu’il n’y a aucun problème !
  • « Vous avez essayé l’homéopathie ? » < o_0
  • OOOOOOH c’est triste pour vous, nous on attend un bébé pour avril, mais c’est un accident ! Bon, j’ai arrêté la pilule il y a 3 jours mais on ne s’y attendait trop pas ! < Ma jolie et douce femme a une théorie pour ce genre d’accidents. Elle appelle ça « Glisser sur une flaque de sperme ». Sérieux, il faut arrêter, pas de contraception = risque de bébés. Ok, on est contents pour vous mais un peu de tact pour les gens qui n’auront jamais d’accidents.
  • « Vous avez, les fécondations affaiblissent l’espèce. C’est prouvé, peut-être que si vous ne pouvez pas en avoir c’est que vous ne DEVEZ PAS en avoir. » < Oui, véridique, quelqu’un m’a bien tenu ce propos. Je ne m’en suis toujours pas remis.

Bref, toute personne tenant ce genre de propos mérite d’être mise à l’écart ou au moins dans la catégorie « Parlons du temps qu’il fait en évitant tout autre sujet ».

C’est une question de survie, quand on est vulnérable il vaut mieux s’entourer de gens qui ont du tact.

4. Le monde médical tu ignoreras

La FIV c’est souvent l’usine. Nous avons fait toutes les démarches à Port Royal et à Cochin (oui, à Paris, depuis nous nous sommes expatriés, je vous raconte plus tard).

Et même si je lance un gros Big UP au docteur De Ziegler qui a été formidable avec nous et surtout à sa charmante et si emphatique assistante Nadine il faut dire que la plupart des internes que l’on croise sont plutôt en mode porte de prison.

On se sent comme du bétail, trimballés, ignorés.

Et ça n’est même pas toujours de leur faute, le contexte veut que nous soyons à fleur de peau dans un contexte inhumain où tout le monde est préssé.

Et je ne parles même pas de l’aspect financier…

Au milieu de tout ça il est important, voire même vital de faire happy face. Nous avons souvent été les relous qui faisions des blagues dans la salle d’attente.

L’atmosphère est déjà tellement pesante autant ne pas s’en rajouter en tirant la tronche, non ?

5. Tes amis tu solliciteras

En dehors des relous typiques cités en #3 il est über important de s’entourer de gens cools qui vont dramatiser et dédramatiser quand il faut.

Nous avons eu cette chance d’avoir des amis sur qui nous pouvions compter qui ont vécu cette aventure avec nous et ça nous a tellement aidés ! Au passage, merci les jeunes on vous aime !

Si tu n’as pas d’amis pas de souci, ce blog est aussi là pour ça, laisse un commentaire et on te fera des bisous 😉

5. Au pire tu te prépareras

Pour traverser tout ça je m’étais clairement préparé à ne jamais avoir d’enfant. Même si nous avions envisagé l’adoption comme plan B (nous y pensons toujours, pour plus tard d’ailleurs) je m’étais aussi clairement fait à l’idée que de ne jamais avoir d’enfant était un forte probabilité.

Je m’étais projeté dans une vie faite de voyages et de tours du monde. Sans attaches si ce n’est les jolies mimines et ma douce épouse. J’ai appris à aimer cette réalité, l’embrasser et avoir du bonheur à l’envisager.

D’ailleurs, pour être tout à fait honnête il m’arrive aujourd’hui parfois de me projeter à nouveau dans cet univers parallèle pendant une fraction de seconde lorsque les jumeaux nous réveillent pour la 3 ème fois dans la nuit. Je te raconte tout ça ici : les aventures d’un papa de jumeaux.

Ne pas avoir d’enfants n’est pas forcément synonyme d’une vie ratée. Il s’agit juste d’un autre chemin et d’autres aventures à vivre.

6. Au meilleur tu t’attendras

Non, je ne me contredis pas. Simplement se préparer au pire ne veut pas dire renoncer à ses buts.

Se préparer au meilleur consiste juste à ne pas se fermer à la possibilité d’une réussite.

Nous étions tellement focus sur le pire que lorsque nous avons appris le résultat positif du premier test de grossesse nous n’osions pas manifester notre joie…

J’ai appris de ce moment étrange à faire la part des choses entre se préparer au pire et être défaitiste.

Pour finir

Voilà j’espère que mon expérience en la matière pourra t’apporter un peu de force gentil internaute.

Et puis, si tu veux connaître la suite de mes aventures :

3 trucs que j’aurai aimé que l’on me dise avant de devenir Papa

Les quelques trucs que j’aurais aimé que l’on me dise avant de devenir Papa de jumeaux

Que la force soit avec tes petits embryons.

16 réflexions au sujet de « Papa comment on fait les bébés ? Petit guide de survie dans le monde hostile de la fécondation in vitro à l’usage des papas du futur. »

  1. EloBastet

    Bonjour Jérémie!

    C’est avec une petite larmichette à l’oeil que je termine ton article (bon ok, j’avoue que les hormones artificielles qui inondent mon corps y sont peut être pour quelque chose, mais quand même…).

    Mon mari et moi vivons depuis 6 ans une histoire similaire à la tienne (azoospermie excrétrice due à une mucoviscidose frustre, voilà pour les gros mots), et je nous reconnais parfaitement dans tout ce que tu décris si brillamment. Et ça fait un bien fou! Surtout, c’est important pour moi de lire le vécu d’un homme, sans pudeur ni atermoiement, avec humour et sincérité.

    Merci à toi de t’être « dévoilé » ainsi et félicitations à ta femme et toi pour votre réussite!

    Je me permets, pour conclure, de t’envoyer quelques bisous en réponse aux tiens 😉

    • Jérémie

      Hello, ravi que tu te sois retrouvée dans mon article. C’est vrai qu’il n’est pas toujours facile de trouver des témoignages positifs, en général quand on s’en est « sorti » on passe à autre chose. Pour nous la FIV fait encore partie de notre vie, même 3 enfants plus tard. Nous nous rappelons chaque jour à quel point nous sommes chanceux et avons toujours une petite pensée pour nos amis qui sont toujours embarqués dans cette galère.

      Merci pour ton commentaire, bon courage à vous, je sais à quel point il peut être difficile de mettre sa vie en pause pendant si longtemps.

      Re des bisous

      • EloBastet

        Oui, c’est tout à fait ça, l’impression que tout le reste est suspendu à la réussite ou à l’échec des FIV. Nous avons malgré tout fait une pause le temps de nous marier, et j’avoue que ça nous a fait le plus grand bien de nous retrouver autour d’un autre projet.
        Les FIV sont désormais derrière nous, car nous avons épuisé notre quota. Maintenant, place aux inséminations avec donneur! La suite au prochain épisode… comme toujours!

        Bref, assez raconté ma vie, désolée!

        Re re des bisous et re félicitations!

        • Jérémie

          Non mais ne t’excuse pas ! Tous les temoignages valent le coup d’etre entendus, nois sommes tous unis par cette galère qui nous rongera/ronge/a rongé. Bon courage et tiens nous au courant 😉

          • EloBastet

            Merci c’est gentil! L’insémination devrait avoir lieu la semaine prochaine, donc encore un peu de patience… et j’aurai peut être des bisous plein de joie à partager 😀

  2. Merci pour ce bel article 🙂
    je vous souhaite bcp de bonheur tous les 5 !

    Ici on lâche pas, mais le chemin est long et éprouvant… 4 ans et bientôt une 4ème ponction pour une FIV 3.

  3. Veronique

    C’est malheureusement une situation qui semble concerner de plus en plus d’hommes et de femmes aussi. Et je comprends la souffrance ressentie. Moi-même n’aurais pu imaginer ne pas avoir d’enfant. Je voudrais juste préciser que la souffrance ou le mal être que tu as vécus peuvent aussi être vécus au travers vous par les parents (et donc futurs grands parents). En tout cas c’est mon cas. Il est très difficile de voir son propre enfant, vivre cette situation En tout cas, tu as une très jolie petite famille.

  4. Merci de m’avoir donner le lien vers ton article !
    Il est vraiment parfait…ça fait du bien de lire le ressenti des hommes sur ces parcours longs et douloureux !!
    félicitations pour vos réussites, prenez soin de vos trois merveilles elle représentent tant… !!!
    Bizzz

  5. melanie

    Ah le professeur de Ziegler et son assistante Nadine, ici aussi ils ont fait des merveilles après 9 années d’attente… 36000km (2 allers-retours tahiti Paris ou nous vivons) nous avons aussi eu le bonheur d’attendre deux poupettes …
    J’adore votre blog 😉
    Longue et belle vie a vous 5 !!

    • Jérémie

      Wah 36000km et 9ans ! Vous êtes de véritables guerriers ! J’imagine qu’aujourd’hui ça aide à relativiser les nuits difficiles 🙂 Comment vont vos petites ?

      • Mélanie

        Effectivement ca a aidé à relativiser les premiers mois … la première année souvent en mode zombie. apres une grossesse difficile il faut l’avouer nos tites parisiennes vont bien, elles ont maintenant trois ans et vont à l’école 😉 elles font notre bo heure chaque jour sous le soleil de tahiti !!

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